Entre plaine et cours…d’eau.

Mandres les Roses, située à 25 km de Paris, couvre 330 hectares à l’extrême sud est du département du Val de Marne, en limite de l’Essonne et de la Seine-et-Marne. Le village occupe une légère dépression de la plateforme de Brie occidentale individualisée par une double ceinture de vallées (Marne et Yerres) et de forêts (Sénart et Bois Notre Dame). La plaine de Mandres constitue une plateforme meulièrisée inclinée nord-est sud-ouest. Entaillée par le Réveillon et l’Yerres, elle fait place à une véritable côte orientée au sud (Yerres).

A l’aube des temps historiques, elle était recouverte par une forêt humide et par des marais.

L’origine du village est assez récente et remonte à la fin du XIème siècle.

Les établissements successifs des Celtes, des Romains puis des Francs alentour ne donnèrent pas lieu à une implantation permanente dans le secteur de Mandres que les pluies d’hiver transformaient en marécage. Au début du Moyen-Age, ces déserts humains appartenaient au Roi, à l’Eglise et au comte de Champagne, la limite entre le Domaine Royal et le Comté de Champagne passait par la grande croisée de Mandres. Dans cette zone frontière, un site privilégié était favorable à l’implantation d’une communauté humaine. Une clairière d’un bois de châtaigniers d’une dizaine d’hectares sur les sables de Fontainebleau bien exposé au sud. Au XIème siècle, sous le règne d’Henri Ier (1040 – 1080) , des ermites, les Thibault de Mandres, construisirent leurs huttes autour d’une chapelle de bois, à l’abri de la butte du Colombier et s’installèrent sur les terres royales du Chateau d’Yerres alliées au Comte de Corbeil.

Robert Fossier : Peuplement de la France du Nord entre le Xe et le XVIe siècles

Avec quelque recul, le demi millénaire qui s’écoule de 950 à 1450 apparaît dans l’histoire de l’Europe occidentale comme celui de la mainmise définitive de l’homme sur le sol : le semis villageois, l’écheveau des chemins, les parcellaires organisés, et même, très largement, les sites urbains sont de ce temps ; les quatre siècles qui suivirent n’y apportèrent que d’infimes nuances, et il faut attendre urbanisation, mécanisation et remembrements pour que s’en altère l’image, depuis cent cinquante ans au plus. Quant au nombre des hommes, la « cuvette » démographique des temps « modernes », qu’on en espace les bords de 1300 à 1700 ou qu’on les rapproche, ramène au xvme siècle le poids humain à son niveau médiéval.

voir l’historique population française

La poussée démographique des XIIème et XIIIème siècle soutien une période de croissance et fourni des bras à la colonisation agricole organisée par les propriétaires féodaux. Mandres présente le plan caractéristique le plus achevé de la région de ces villages.

Par ailleurs, la clairière de Mandres, encore cernée par la forêt reste isolée des influences extérieures, coupée des routes de Champagne et de Bourgogne par les vallées profondes du Réveillon et de l’Yerres. Ainsi, au XIVème siècle, le village échappe, en partie aux vicissitudes du temps: famine, peste noire, chevauchées anglaises…

1. Définition et descriptif.

Si tous les villages briards de quelque importance possèdent une ou plusieurs « cours », rares sont ceux qui en comptent plus de dix.

La cour forme un espace commun à des habitation groupées sur au moins deux côtés, ouvert sur la rue. Les habitations sont jointes et alignées face à la cour. Derrière, elles ouvrent sur des jardins. Elles sont généralement limitées à un rez-de-chaussée, surmonté parfois d’un étage.

Ces cours sont évidemment liées aux activités rurales et, dans trois cas sur quatre, résultent du démembrement d’une exploitation plus importante. Dans les autres cas, s’il ne s’agit pas de création postérieure au XIXème siècle, |a colonisation agricole des XIème et XIIème siècles justifie cette disposition.

2 création et développement au XIIème et XIIIème siècles

Le village, centre de l’agglomération de Mandres les Roses qui s’allonge sur 2 kilomètres du Chemin de la Noirat à la Gare, présente une structure originale sur les rues de Brie et du Général Leclerc : 30 cours sont disposées le long de ces deux rues.

Indéniablement, cette concentration marque la mise en valeur des terres à la fin du XIème siècle, date à laquelle apparaît le nom de Mandres dans des actes.

Les cours sont situées en majorité dans le Bout d’en-Haut, c’est-à-dire la Rue de Brie et la rue du général Leclerc jusqu’à la cour 4. La terre de Mandres appartenait alors au domaine royal confié en apanage au Comte de Brie (Brie-Comte-Robert), et à l’Église (Notre-Dame de Paris).

Le comté de Corbeil – dont dépendait le Bout-d’en-Bas – était séparé des fiefs qui dépendaient du château de Brie, par la grande croisée de Mandres, le chemin de Guillory (par les cours 4 et 7) unissait les chemins de la Procession (rue Henriette Fougasse) et la rue aux ânes recoupant la Grande rue de Mandres.

Les seigneurs, à l’intérieur de leur fiefs (Saint Thibault, les Grès, les Tours grises, Saint Martin) ont cédé aux hôtes qui avaient défriché leurs terres, des bandes de terrain perpendiculaires aux chemins qui se croisaient au carrefour des Grès.(Place Aristide Briand)

Les paysans colons avaient construit, sur ces parcelles étroites et allongées (d’environ 1/2 arpent, 2500 mètres carrés) des travées qui réunissaient tous les bâtiments de leur exploitation agricole (écurie, grange, foulerie).

L’arpent est l’unité principale de mesure de superficie agraire dans la plupart des régions de France. Il représente toujours l’aire d’un carré de dix perches de côté, soit cent perches carrées. Cependant la longueur de la perche varie. Ainsi au xviie siècle la perche dite « des eaux et forêts » vaut 22 pieds du Roi, soit 7,146 mètres, d’où un arpent des eaux et forêts, ou arpent royal, ou arpent « légal » d’environ 51 ares, à peu près un demi-hectare.

La cour, espace collectif entre 2 travées avec un puits commun, servait d’annexe aux laboureurs et aux vignerons qui y habitaient. Elle abritait leur matériel (charrue, chariot) et leur réserve de bois. Elle permettait de gagner les jardins et les chènevières qui entouraient le village.

Les cours étaient souvent occupées par les descendants de la mème famille pendant des siècles; la Cour 25 par les Grimault de la fin de la Guerre de Cent Ans à 1926, la Cour 23 par les Martin Motteau de 1635 à 1914.

Les cours qui s’échelonnent de l’église à la Ferme (A l’exception de la Cour 4) offrent une structure particulière. Elles ne sont pas développées en profondeur; car elles se sont heurtées aux Murs qui entouraient le Parc et le Bois des Chartreux (le Fief St Thibault).

Au XVIllème sidele, avec l’augmentation de la population, les cours se sont allongées : le fils construisait dans le jardin familial, des boutiques ouvrirent directement sur la rue (cours 2,4,6 et 9) et des artisans s’installèrent au fond des cours, ils laissaient cependant un passage (Cours 5, plus 11 ) pour que les habitants de la cour gagnent aisément les jardins.

Le dessin des cours sans profondeur est cependant conforme à la conception de l’occupation de l’espace des XIlème et XIIlème; en effet leurs travées sont perpendiculaires aux venelles qui menaient aux jardins longeant le mur de la propriété seigneuriale. De même les travées de la Cour sont perpendiculaires au chemin de l’Ormois (aujourd’hui disparu) qui contournait le CIos la Maison des Grès et aboutissait à la Cour 13.

Les cours carrées (I et 8) proviennent du morcellement de fermes. La Ferme des Grès (8) disparait en 1399, ces bâtiments sont cédés à des Guérin et à des Thomas, ses terres rattachées à la Ferme St Thibault ou des Tours Grises (Ferme dite de Monsieur). La Cour des Chartreux (n° I) qui avaient échangé, le 24 Février 1488, avec les Budé les biens qu’ils possédaient à Yerres contre le Fief St Thibaut de Mandres, est vendue en 1791. les bâtiments de cette Ferme sont transformés en 1793 en travées achetées par des bourgeois de Paris (Alard, Leroy) ou par des vignerons de Mandres (Grimault, Thomas, Motteau). La Cour de la Ferme St Martin (20, rue de Brie) fermée jusqu’en 1890 est ouverte depuis 1891 sur la rue Cazeaux, elle n’est donc pas su sens strict du terme une Cour, de même la Ferme Pierre Gérard Boudin (entre les Cours I1 et 9) est restée « fermée* jusqu’en 1926.

3 diversification des activités à partir de la révolution

Sous la Révolution, s’effectue un transfert massif de propriétés, les vignerons possèdent désormais leurs terres mais la cour demeure collective, elle continue a porter le nom de la famille la plus imposée. La Cour 7 bis s’appelle jusqu’en 1873 la Cour de Motteau Treillageur.

Après 1850, par suite de la disparition progressive de la petite propriété vigneronne, les travées des cours sont transformées en logements; aussi le Conseil Municipal décide-t-il le 2 Novembre 1875, de numéroter les cours. Les numéros pairs (de 2 à 18) furent placés à l’entrée des cours qui s’échelonnent de l’Église à la Place d’Armes et au Chemin Servon.

Depuis 1875, 2 cours ont disparu. La Cour 18 (la Cour de Delaroche, le pépiniériste) est intégrée en 1928 dans la propriété du Parc (25, rue de Brie). La Cour 21 est fermée en 1891 par Octave Guérin, seul propriétaire de cette cour qui avait appartenu en partie a Jean-Baptiste Deville (dit le Marquis), maire de Mandres de 1841 à 1848.

Déja, sous l’Ancien Régime, 2 cours avaient déjà perdu leurs caractéristiques. La Cour Louis Vandard, président de la puissante Confrérie de St Vincent au XVIlème, où s’arrêtait la Poste, est fermée par Pierre-Xavier Droit en 1850. De même, l’ancien Hötel (Manoir) de la Paillarderie (34 et 34 bis Rue de Brie) devenu masure dès le XVème siècle, est transformé en maison bourgeoise par François Pézé et ses héritiers (Noël et Jacquin) sous la Monarchie de Juillet. En 1885, les ailes de cette belle demeure du XIXème siècle, et les bâtiments de la cour voisine sont divisés en 10 logements.

4 insertion au tissu urbain moderne

Le temps a donc peu altéré le paysage urbain de Mandres. Avec ses cours, Mandres témoigne étonnamment de la permanence des structures médiévales. Cette empreinte du temps, sceau d’un passé villageois perdure depuis les XIIème – XIIlème. siècles.

Les cours jusqu’en 1880 renfermaient pratiquement la totalité de la population du village. En 1921, trois mandrions sur quatre habitaient dans ces espaces. En 1984, elles n’abritent que 12 à 15 % des 2500 habitants de Mandres.

Ces espaces collectifs, héritages du passé et mémoires de l’Histoire, même si elles ne répondent-plus aux impératifs de l’urbanisme moderne, ne doivent pas disparaitre du paysage de Mandres. Leur sauvegarde passe par leur mise en valeur et leur adaptation aux usages contemporains dans le respect de leur intégrité.

Bibliographie:

Jean Pierre Nicol 14 septembre 2007

Robert Fossier (1927-2012) : Peuplement de la France du Nord entre le Xe et le XVIe siècles

Wikipédia