origine et culture de la rose en Brie
par André Dupin, président des Jardiniers de Beauséjour, ancien rosiériste
La rose est connue depuis l’antiquité, les égyptiens en maitrisaient déjà le greffage.
Thibault IV, Comte de Champagne, de retour des croisades en 1240, aurait ramené en France la rose de DAMAS : dite « rose orientale ».

Rose de Damas dite rose orientale
Croisée avec l’églantine européenne elle a donné naissance à la rose remontante de PROVINS.

En 1799 Christophe Cochet jardinier du Comte Amiral de Bougainville crée à Suines puis à Vernelle 77, une pépinière de rosiers comprenant 75 variétés issues de croisements pour la plupart provenant de la rose de Provins.
Des pépinières de Suisnes, orgueil de l’ Amiral, la culture des rosiers gagne Grisy, Brie Comte Robert et le plateau Briard vers 1820; suivant ainsi l’exemple de Berne jardinier à la Fraizière en 1815.
Les premiers rosiéristes de la Brie étaient, à l’origine, des vignerons, ils produisaient des rosiers nains et sur tiges, ils se servaient de portes-greffes: sauvageons appelés « grifferets » prélevés en forêt de Sénart.
Les acheteurs étaient surtout des bourgeois parisiens désireux d’orner les jardins de leurs maisons de campagne.
Sur une large étendue du plateau Briard la culture des rosiers progresse alors rapidement. La culture des rosiers nécessite de longues et constantes besognes en plein champ.
-À l’automne: défonçage des terrains de limon argileux sur 2 ou 3 profondeurs de bêche.
-Au printemps: plantation des boutures d’églantiers destinées à devenir les portes greffes, à raison de 40 à 50.000 plants à l’hectare.
-En août greffage en écusson pour installer les variétés.
-En novembre les 2ème ou 3ème année les rosiers seront arrachés et vendus sur les marchés parisiens: de la Cité, de l’Ile de la Madeleine et de la place des Ternes.
Pendant les années 1800, des nouvelles variétés sont crées et cultivées dans la Brie. Certaines permettent la production de fleurs coupées qui sont vendues aux halles de Paris,
De Grisy, Suisnes, Servon, Santeny, Périgny, Mandres, Villecresnes, Yerres; des rosiéristes se rendent le matin à pieds dans la capitale pour vendre leurs bottes de roses « à la douzaine ». La destruction des vignobles par le phylloxéra (hémiptère) entre 1875 et 1890 fait doubler la surface des cultures de rosiers. Commence alors la culture intensive pour la production des roses » fleurs coupées » du printemps à l’automne. C’est la renommée « des roses de la Brie » très prisées des parisiens.
Années après années ces horticulteurs spécialisés construisent par eux-mêmes des abris avec toiles de protection en jute, puis des abris avec des pieux couverts de verres, pour améliorer la qualité et produire plus de mois dans l’année. En 1849 ouverture de la gare de Brunoy, exploitation de la ligne de chemin de fer de
Vincennes jusqu’à Brie Comte Robert en 1875, puis prolongement jusqu’à Verneuil l’Etang en 1892, ce qui favorise une rapide extension des surfaces cultivées,
L’augmentation du nombre des mannes de roses à acheminer journellement vers Paris justifie la mise en service du « train des roses », jusqu’en 1919, À ce moment, certains rosiéristes deviennent autonomes pour le transport des roses vers la capitale. Henri Ardouin et son gendre Adrien Motteau créent une entreprise de transport pour ramasser les paniers de roses chez les rosiéristes et les transporter directement aux halles de Paris. De même qu’ils acheminaient avec un car les vendeuses majoritairement femmes de rosiéristes. La culture de la rose franchit une nouvelle étape après la guerre de 1914-1918. Des industriels proposent la construction de serres vitrées avec installations de chauffage.
Une délégation du syndicat des rosiéristes de la Brie se rend à Alsmeer en Hollande. Les hollandais avaient adopté, pendant la guerre mondiale de 1194-1918, les méthodes américaines. Ils pratiquaient la culture en continu de variétés de roses sélectionnées et protégées sous serres chauffées.
Charles Amédé Boullet fait construire les premières serres chauffées à charpentes métalliques, grâce à des prêts à faibles taux d’intérêts consentis par le Crédit Agricole à partir des années 1930,
À l’exemple de ce précurseur, les descendants de vignerons du 19ème siècle et des maraîchers des années 1900 à 1950, Pierre Motteau, Jules Huré, Guerrin, Doré, Les Vigoureux, Dormoy, Jouanin, Pisson, Revel, Wangermé, Vandar, Leclerc… rejoignent le mouvement. Certaines exploitations, jeunes ou petites, pratiquent des cultures de fleurs diverses : reine marguerite, œillet de poète, dahlia, glaïeul, tulipe etc, avant de pouvoir s’équiper de serres onéreuses,
Avec plusieurs hectares de serres sur les communes du plateau Briard ils sont devenus des industriels de la production de roses, En 1984, le recensement constatait, rien que sur la commune de Mandres : 33 horticulteurs :sur 103,100 m2 de serres dont 16 rosiéristes sur 64.600 m2 de serres et plantes en pots sur 38.500 m2 de serres C’est pourquoi en 1958 la commune à pris le nom de: Mandres les Roses.
Aujourd’hui il ne reste qu’un seul rosiériste à Mandres les Roses. Les chocs pétroliers et la mondialisation du commerce ont fait leur œuvre.